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Quelle est la première fonction du cerveau ?

Le cerveau ne se contente pas d’emmagasiner des informations dans la mémoire et de les restituer déformées, mais il joue un rôle bien plus important !

Sa fonction principale est de nous maintenir en vie, ou en d’autres termes, d’assurer notre survie. En plus de traficoter avec les souvenirs pour façonner notre identité, il travaille à l’éveil de notre conscience. Mais comment pourrions-nous prouver de telles affirmations ?

Un individu est conscient lorsqu’il est capable de se décrire tel qu’il est avec ses attentes, ses projets et ses croyances. C’est aussi quand il est capable de discernement qu’on reconnaît qu’il est conscient. En somme, la conscience permet à l’individu de s’adapter à son environnement, de se fixer des objectifs qu’il peut atteindre tout en s’améliorant quotidiennement.

Le cerveau a besoin de développer cette conscience pour différentes raisons.

-     La première, consiste à maintenir hors de danger la personne qu’il représente.

-     La seconde, à faire des choix cohérents et salutaires pour elle.

-     La troisième, à prendre plaisir à ce qu’il fait tout en développant le respect de la vie, la compassion et l’amour.

Le processus par lequel le cerveau va développer la conscience consistera à stocker un maximum d’informations de toutes nos expériences vécues. La répétition des événements sera un facteur déterminant pour faciliter l’apprentissage de la vie. Le cerveau enregistrera les lieux communs, les formes, les objets, les visages, les émotions, les notions de temps et de durée. Tous nos sens lui serviront de révélateur, nos émotions de support pour l’interprétation des phénomènes.

À cela s’ajoutera l’apprentissage scolaire, celui de la vie au quotidien et celui des expériences affectives. Tous ces éléments contribueront au développement de notre conscience.

La raison pour laquelle le cerveau n’enregistre pas un événement comme le ferait un disque dur d’ordinateur provient du fait qu’il ne peut en aucun cas figer une expérience.

Même un objet en apparence solide peut subir des transformations et le cerveau le sait. Chaque fois qu’il reconnait un objet, une situation ou une personne, il soumet la mémoire à notre appréciation pour le cas où nous noterions dans la réalité présente une transformation.

Supposons que nous agissions comme un ordinateur pourvu d’un disque dur. On reçoit l’information que telle personne est méchante, hargneuse, jamais satisfaite et plutôt désagréable. Nous la côtoyons tous les jours et tous les jours, nous la regardons en reconnaissant qu’elle est celle avec qui il ne faut pas sympathiser à cause de sa méchanceté.

S’il arrive une fois à cette personne de nous sourire et de faire un effort pour se transformer, nous ne pourrions nous en rendre compte à cause de l’information stockée et figée dans le disque dur. Nous ne laisserions aucune chance à cette personne d’être plus gentille et plus sociable.

Pour faciliter la compréhension de cette théorie, bien qu’elle paraisse simple en apparence, je vais l’illustrer avec un dessin.

Le cerveau

Au milieu se situe l’individu. Il perçoit la réalité tout autour de lui. Il a réussi à s’adapter parfaitement à son environnement et c’est pour cela que je l’ai placé au milieu du segment, parce qu’il y est représenté comme une personne parfaitement équilibrée.

Maintenant, imaginons que cette personne reçoive une information qui vient bouleverser ses croyances, sa perception de la réalité. Ceci arrive très souvent au quotidien, mais c’est aussi ce qui arrive sur un plan collectif, quand la science ou l’avancée technologique défie les lois de la physique.

Par exemple, on a longtemps cru que la terre était plate et personne ne le contestait. Tout le monde s’adaptait à cette vision des choses. Un jour pourtant, la science a prouvé qu’il n’en était pas ainsi. Notre perception du monde a changé, mais aussi nos croyances, même notre façon d’envisager l’avenir.

Sur un plan schématique, cette petite histoire donne à peu près ce qui suit :

Le cerveau

Comme on peut le constater, la personne qui vient de recevoir l’information se trouve dans une posture difficile. Il lui faut s’adapter à une nouvelle réalité, et le temps qu’elle trouve ses repères, elle est déstabilisée. On le remarque par le manque d’équilibre soudain. La personne se trouvait dans son centre quand tout à coup, la perception s’est resserrée sur la droite. Cette modification entraîne un nouveau milieu.

Si cette personne n’avait pas la capacité de s’adapter, elle continuerait d’être en parfait décalage avec la réalité communément admise par tout le monde et de ce fait, finirait par se mettre en danger.

Bien sûr, on peut se dire que tout le monde peut encore se tromper. Si tout le monde a cru que la terre était plate, pourquoi cela serait-il un problème de ne pas admettre qu’elle est ronde ?

Tout simplement parce que cette information est communément admise par tout le monde et que cela signifie que tout le monde va agir en conséquence. C’est le développement de la conscience collective qui devient pertinent. Si vous continuez de l’ignorer, vous risquez des problèmes à plus ou moins long terme.

Vous devez impérativement retrouver votre place de départ dans une perception nouvelle de la réalité, comme le montre le schéma suivant :

Le cerveau

Cette faculté que nous avons de nous adapter prouve que notre cerveau ne fixe pas les souvenirs d’une manière figée, mais plutôt vivante, comme en mouvement.

Héraclite avait parfaitement identifié cette vérité. On la retrouve dans ses fragments de pensées, quelques phrases qui corroborent avec exactitude ce concept.

-     Nous entrons et n’entrons pas dans la même rivière.

-     On ne peut entrer deux fois dans la même rivière.

-     Tout coule et rien ne dure.

-     Tout cède et rien ne reste fixe.

Les fragments d’Héraclite

En effet, l’eau d’une rivière n’est jamais la même, son flot continu oblige un renouveau permanent. La personne qui entre une fois, sort et entre à nouveau ne fait pas la même expérience. En outre, la personne elle-même a changé. Elle n’est plus la même après sa première baignade et entre différemment dans l’eau la seconde fois.

Depuis que la physique a développé l’idée d’un big-bang, d’un univers en constante évolution, tous les hommes ont pu accéder à cette compréhension. Ces prises de conscience obligent les religions à se transformer elles aussi. Elles ne peuvent plus garder la vérité comme une connaissance écrite, figée, définitive. Le monde change, la vie change et comme dirait les bouddhistes, il n’y a que le changement qui ne change pas.

Renoncer au changement, c’est renoncer à l’évolution et à la conscience. C’est comme se retrouver à la place de l’amnésique ou celle du schizophrène qui se morfond dans l’ici et le maintenant sans pouvoir saisir les opportunités d’un avenir meilleur, sans profiter des surprises étonnantes de la vie. Demandez à un schizophrène s’il est heureux ou à un amnésique de vous dire s’il est satisfait de ne pas se rappeler qui il est.

Le seul qui pourrait se satisfaire de ne plus se souvenir de rien, c’est celui qui fait semblant de ne pas se rappeler. Au moins, il sait ce qu’il ne veut plus être !

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Comment créons-nous notre futur à partir de notre mémoire?

Comment créons-nous notre futur ?

Sommes-nous maîtres de notre avenir ? Nul ne pourra sans doute jamais l’affirmer. Peut-on néanmoins considérer le futur comme étant soumis à la fatalité ?

Avant de tenter une réponse, il nous serait peut-être intéressant de comprendre comment nous nous projetons dans l’avenir. Essayons en effet de savoir si nous influençons d’une manière ou d’une autre ce qui arrive.

Partons d’un principe qui inclue le temps linéaire. C’est-à-dire un temps que l’on peut inscrire sur une ligne horizontale, ou un segment. Une extrémité représente le passé, l’autre l’avenir et au milieu, le temps présent.

Au fait, saviez-vous qu’il n’existe aucune équation mathématique pour définir le présent ? Normale, à peine le vivons-nous qu’il appartient déjà au passé. Revenons donc à notre schéma du temps pour mieux comprendre ensuite le processus de la mémoire chez l’homme qui se projette dans l’avenir.

Voici la représentation graphique du temps :

Le temps

Imaginons que l’homme se tient constamment au milieu, à l’endroit du présent. Cet individu souhaite se projeter dans l’avenir. Comment doit-il s’y prendre ?

Il va dans un premier temps chercher à se souvenir de son passé, le seul élément qui, bien qu’il n’existe plus, reste présent sous la forme de la mémoire. Une fois qu’il a pu se remémorer toutes les scènes de l’existence qui le rendent heureux ou s’il se souvient d’un rêve d’enfance, il va pouvoir s’en servir comme support pour se projeter dans l’avenir. En se rendant présent au passé, il peut se rendre présent au futur.

Qu’adviendrait-il si une personne ne vivait qu’au temps présent, sans jamais recourir à la mémoire du passé ? Pourrait-elle se projeter dans l’avenir ?

Deux éléments de réponses sont possibles :

  1. Vous cherchez à reproduire constamment ce que vous avez vécu. Ce passé qui n’existe plus, mais qui ravive en vous des souvenirs de plaisirs et de joies vous pousse à recréer encore et encore ces moments. Mieux, vous mettez tout en œuvre pour améliorer chaque fois l’événement. Dans ce cas, vous êtes créatif et votre vie se déroule confortablement, avec des valeurs sûres.
  2. Vous n’êtes pas attaché au passé, bien que vous en soyez parfaitement satisfait. Vous préférez rester disponible aux événements présents. Vous aimez être surpris et vous n’êtes pas inquiet devant l’inconnu. Vous êtes donc totalement présent, sans jamais chercher à reproduire quelque chose du passé. Toutefois, quand un événement se produit et qu’il vous entraine sur des sentiers nouveaux, il vous faut retourner dans le passé pour vous rappeler comment vous réagissiez devant des circonstances similaires.

À présent, que se passerait-il si vous ne pouviez pas vous nourrir de vos expériences passées ?

C’est exactement la question que ce sont poser le Dr Van Der Linden et Arnaud d’Argembeau. Ils souhaitaient vérifier si une personne amnésique ou schizophrène ne pouvait pas se projeter dans le futur à cause de leur difficulté à accéder aux souvenirs.

C’est le Docteur Liliane Manning de l’université Duke aux États-Unis qui la première à proposé une expérience en laboratoire auprès de personnes volontaires.

Ces personnes devaient se remémorer un souvenir dans le passé, environ une semaine antérieure à la date du jour de l’expérience et ensuite se projeter dans un avenir proche. Ces personnes étaient évidemment examinées par l’imagerie cérébrale durant l’exercice, de façon à s’assurer que les parties du cerveau concernées étaient les mêmes pour les deux propositions.

L’IRM a rapporté que l’hippocampe et le cortex préfrontal antéro médian étaient les deux régions cérébrales activées.

On put donc en conclure que le cerveau puisait dans la mémoire du passé pour se faire une représentation du futur.

Revenons quelques instants sur notre schéma de tout à l’heure et considérons à présent qu’un individu atteint de schizophrénie ou un amnésique essaye de se projeter dans l’avenir. Pourquoi semble-t-il ne pas y arriver ?

Pourtant, tous les deux se trouvent dans la même situation que notre exemple numéro 2, à la différence que ces deux-là ne peuvent pas avoir accès au passé. Ils sont contraints à vivre dans le présent, non par la volonté, mais par une cause physiologique.

Ils ne peuvent donc pas recourir au passé pour trouver des similitudes avec ce qui leur arrive sur le moment. Ils sont comme enfermés dans ce présent.

On peut se demander pourquoi notre cerveau éprouve le besoin de faire face au futur avec l’expérience du passé, d’autant qu’il nous est bien arrivé au moins une fois de ne pas avoir eu de souvenir.

C’est exact, mais dans la majeure partie des événements nouveaux qui se sont présentés par le passé sans que nous ayons eu le moyen de nous servir de notre mémoire, nous étions sous la protection de nos parents ou de nos éducateurs. C’était leur vocation de nous protéger et de nous avertir du danger. Ce qui nous amène à nous interroger sur la fonction principale du cerveau.

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Le passé, le présent et l’avenir

Comment le cerveau peut-il être un outil de stockage de la mémoire, s’il est incapable de restituer un souvenir avec une exactitude irréprochable ?

Chaque fois qu’on tente de se souvenir d’un événement, la mémoire nous joue des tours au moment de le restituer.

Supposons que vous demandiez à un couple de décrire la façon dont ils se sont rencontrés la première fois. Aucun des deux ne dira tout à fait la même chose. Pourtant, ils ont vécu tous les deux le même événement, tous les deux se sont aimés en un regard et tous les deux se sont fait la promesse de s’aimer pour la vie quelques mois après.

Que se passe-t-il dans le cerveau de ces individus pour que la perception qu’ils ont de cet événement soit si différente pour l’un et pour l’autre ?

Les émotions et le ressenti font appel à la perception personnelle de chacun et la manière d’interpréter la situation va en modifier la réalité. Mais ce qui surprend le plus, c’est que si nous faisions intervenir un témoin de la scène, il se pourrait tout à fait qu’il n’ait absolument rien vu de ce que ces deux amoureux racontent.

Le regard extérieur, sans l’intervention des sentiments n’a fait apparaître que la rencontre de deux personnes, l’échange d’un ou plusieurs regards, quelques paroles affectueuses et un après-midi chaleureux entre amis.

À présent, interrogeons le même couple quelques années plus tard, alors qu’ils sont en plein divorce. Demandez-leur à nouveau de vous raconter les circonstances de leur rencontre. Vous serez très surpris de la tournure de l’événement.

Le plus incroyable, c’est que les deux personnes interrogées ne mentent pas. Aucune d’elles ne cherche à tromper l’autre. Elles sont réellement fidèles à leur mémoire. Cela serait évidemment différent si nous avions affaire à une personne qui chercherait à mentir. Elle déformerait la réalité volontairement dans le but de satisfaire un désir caché.

Dans notre cas, la situation que je viens d’évoquer ne se présente pas. Nous avons à faire à deux individus parfaitement honnêtes et convaincus de ce qu’ils rapportent concernant leur souvenir.

Est-ce dû au fait que le souvenir n’est pas stocké comme une trace indélébile, mais en constante transformation ?

Le temps aurait-il une incidence sur les souvenirs ?

Faites vous-même l’expérience. Si vous vivez avec quelqu’un, demandez-lui de se rappeler les circonstances, en détail, de votre rencontre.

Vous verrez que vous ne serez peut-être pas tout à fait d’accord avec ce que votre partenaire vous aura confié.

En fait, personne ne peut restituer avec exactitude un souvenir sans le transformer par son imaginaire. Ce phénomène n’est pas rare. Il est même expliqué par Freud.

En effet, il arrive parfois qu’une personne qui a vécu un traumatisme important l’oublie entièrement. Elle va même jusqu’à inventer une autre réalité, comme pour faire tampon à l’épisode fatidique. Ainsi, le traumatisme est enfoui dans l’inconscient, voilé par un faux souvenir.

Toutefois, même sans souffrir d’un traumatisme, nous aimons couvrir nos souvenirs de fioritures. On passe alors volontiers pour un héros, une personne digne de confiance, porteuse d’un savoir hors du commun. Quand nous restons humbles, on n’enlève pas pour autant la charge émotionnelle qui nous valorise un tant soit peu.

Est-ce dû à notre ego, une sorte de narcissisme aigu incontrôlé ?

Une étude menée par le professeur en psychologie Martial Van Der Linden de l’université de Genève en compagnie de son collègue Arnaud d’Argembeau explique la raison pour laquelle notre cerveau aime à nous restituer nos souvenirs avec des détails croustillants qui n’existaient pas forcément dans la réalité.

Pour expliquer ce phénomène, le Docteur Van Der Linden explique que la mémoire autobiographique (mémoire épisodique) joue un rôle fondamental dans la construction de notre identité.

Qu’est-ce donc que la mémoire épisodique ?

Elle correspond à la mémoire des événements épisodiques de notre vécu. Si vous êtes allé au cinéma voir une comédie dramatique il y a deux jours avec un ami, vous allez vous en souvenir, car cet événement restera inscrit quelque temps dans votre cerveau.

Ce sont tous ces épisodes de votre vie qui constituent la mémoire autobiographique. Bien sûr, cette dernière ne conserve pas la totalité des événements et moins encore leur détail, mais uniquement ceux qui ont un lien avec vos valeurs et les buts que vous souhaitez atteindre.

En fait, les souvenirs conservés dans notre mémoire ne sont jamais le reflet exact de la réalité, ils sont même le plus souvent déformés.

Comme nous venons de le comprendre, la mémoire épisodique stocke quelque temps seulement l’événement qui s’est produit dans notre cerveau.

Si cet événement nous valorise, il entre dans la mémoire autobiographique et y séjourne définitivement, mais d’une manière particulière. Il n’y est pas représentatif de la réalité, mais de la perception que nous avons de nous-mêmes. C’est pourquoi il nous est difficile de restituer nos souvenirs avec exactitude.

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